Le grand amour, j'y crois, parce que je le vis. Il est vrai que, mathématiquement, c'est impossible, pensez-y : deux êtres. Deux chemins. Deux âmes ; deux vies - deux envies. Comment deux êtres différents pourraient-ils concorder parfaitement, sans heurt aucun et durant toute une coexistance ?
La réponse, je la détiens, mais je ne peux la transmettre en en assurant l'infaillibilité car il ne s'agit pas de suivre une recette miracle - plutôt de trouver la personne miracle, et cette situation, peu importe la monumentalité incrédible que va prendre mon affirmation : je la vis. Ce qui nuit à tant de couples, tellement nombreux que l'on ne voit plus qu'eux, ce sont les non-dits, l'hypocrisie, les cachotteries, les flatteries, les prises de tête pour le fait même de se prendre la tête, les mots en tant que bêtes mots, bref : le superficiel. Peut-être que les gens en général ont peur de découvrir l'autre au fond, c'est à dire pour ce qu'il est en tant qu'autre justement - en tant qu'être différent de lui, pensant différemment, avec des goûts différents, des idées différentes, un mode de vie différent pourquoi pas ; ces mêmes gens se limiteraient donc dans leur connaissance mutuelle de l'autre, éventuellement réciproquement (mais instinctivement, j'ai tendance à y voir une tendance masculine, ne me demandez pas de me justifier je m'en sentirais incapable, peut-être une réminiscence du vécu). Ils s'enliseraient ainsi dans une routine de méconnaissance effective de la personne avec qui ils vivent en permanence, jusqu'à en perdre la raison et chercher à la retrouver.. chez quelqu'un d'autre.
Les gens se savent plus s'aimer vrai, dirait-on - s'aimer pour ce qu'ils sont réellement au fond, mais plutôt pour une image de l'autre dans laquelle ils se confortent, jusqu'à ce que leur vraie nature les rattrape. Ainsi dépassés, ils deviennent potentiellement en proie à des doutes, et dès lors c'est la porte ouverte à l'infidélité, qui prendrait alors forme de libération pour la personne qui trompe - la fin d'un délire autogénéré, la destruction d'une erreur pour repartir sur de nouvelles bases. Pour moi, le grand amour, le vrai, est réciproque, je dirais donc que dans un tel cas d'infidélité, la personne trompée n'aurait idéalement pas à se sentir lésée de quoique ce soit, car même si ses sentiments propres étaient à l'origine, eux, supposés purs - dès lors, elle réaliserait qu'ils portaient eux aussi, malgré tout, sur une entité virtuelle, puisque l'on croyait en des sentiments sincères de la part de l'autre qui, en fait, n'existaient pas. Pour la personne trompée, c'est davantage une désillusion à la hauteur de ces sentiments - une erreur importante face à laquelle on est soudainement mis à nez. Erreur que l'on peut, selon les cas, accepter, ou, si trop naïf pour accepter la réalité des choses, refuser.
Pour moi, dans un amour vrai, un grand amour donc, il ne devrait jamais y avoir de doutes (fondés, cela va de soi) entre les protagonistes en ce qui concerne l'autre sur le fond. La forme devrait être mise à l'écart, les comportements quotidiens 'triviaux' ayant cette particularité d'être sujets à embrouillaminis souvent basés sur des malentendus, sur une mauvaise communication du fond à cause des limites et de la superficialité des moyens de la forme. Pour faire plus simple, il convient de croire en l'autre pour ce qu'il est, jusqu'au bout, et sans tenir compte d'éventuelles interférences relativement banales sur le plan matériel. Mais dès lors, cela implique que les protagonistes du couple se montrent véritablement tels qu'ils sont, mutuellement, de manière à ce qu'ils puissent se connaître suffisamment l'un l'autre sur le fond pour être sûrs du bien-fondé de leurs sentiments profonds respectifs ; en fait, il convient de se montrer véritablement tel que l'on est, sans hypocrisie aucune, de manière à ce que l'autre puisse nous apprécier à notre juste valeur, et ce dans les deux sens évidemment.
Une fois que l'on est mutuellement sûr que l'on aime la bonne personne pour qui elle est au fond, et non pas une image d'elle dans laquelle on se complaît mais réellement en sa qualité d'être entier, et que l'on fait abstraction de la forme cafouilleuse au profit du fond ressenti (qui dès lors, vu que réciproquement honnêtement exprimé, est réel), il est possible de se vouer une confiance absolue qui dépasse de loin le cadre de la fidélité, il s'agit comme d'une symbiose complète entre les personnes.
Je pense qu'il ne peut y avoir d'infidélité lorsque c'est réellement le grand amour, sauf éventuellement dans certains cas sur le plan de la forme, mais dès lors il ne s'agirait pas vraiment d'une tromperie vu que connaissant parfaitement le fond de l'autre, en quelque sorte, on aurait sû à quoi s'attendre - on aurait été comme au courant depuis le début, vu que la personne qui trompe se serait montrée dès l'origine telle qu'elle est.
Le grand amour, ou plutôt l'amour vrai, est simple ; la seule (et immense) difficulté consistant à tomber sur la bonne personne. Si on s'accroche trop au concept, que l'on recherche le grand amour à tout prix en tant qu'idéal, on finit forcemment par y renoncer tôt ou tard lorsque meurtri par la désillusion. Le mieux est encore de se laisser porter par le flot de la vie, en attendant d'un jour rencontrer cet Autre que l'on aimera, et qui nous aimera tout autant en tant qu'Autre.
L'amour, c'est tout simplement la communion spirituelle de deux êtres, à un point fusionnel jusqu'au plan physique. Ca n'est pas quelque chose qui peut se forcer, sinon tôt ou tard la réalité nous rappelle à l'ordre, et on retombe les pieds sur Terre, souvent en se brisant les jambes. C'est quelque chose qui peut se vivre, mais que peut de personnes ont réellement trouvé.
Le tout, ça n'est pas de croire en l'amour, mais de croire en l'autre. Dès lors que c'est réciproque, alors il n y a plus aucun barrage au bonheur, et la si problématique question de confiance se transforme en affirmation vécue au quotidien.
J'ai mis un certain temps avant de comprendre tout ça. Je remercie celle qui a cru en moi, même avant que. Tout ça, c'est sa patience qui me l'a enseigné. Et depuis, nous nous aimons.
Vrai.
Clair comme de l'eau de roche.
Sans fioritures.
Je t'aime, Marie.
(Photo : deux mains étrangement slutchy. Prise par Aymeric, retouchée par Marie.)